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DGCCRF assurance emprunteur : 900 000 € d’amendes

28.08.2026·lecture 10 min
Sommaire

    Une loi ne vaut que par son application. Les contrôles DGCCRF assurance emprunteur menés depuis 2022 ont livré leur verdict, et il est plus instructif qu’il n’y paraît. Les banques ne refusent presque plus les changements d’assurance : elles les font attendre. Sur les procès-verbaux administratifs dressés par le régulateur, la quasi-totalité vise le même manquement, et ce constat change la façon dont il faut préparer son dossier.

    Le bilan des contrôles
    61
    Professionnels contrôlés lors de l’enquête menée en 2023 et 2024
    11
    Manquements ayant donné lieu à une suite corrective ou répressive
    897 518 €
    Le total des amendes prononcées contre quatre banques en 2025
    5 sur 6
    Des procès-verbaux administratifs visent le seul délai de dix jours
    Sources : DGCCRF, communiqués publiés sur economie.gouv.fr (2025-2026).

    DGCCRF assurance emprunteur : ce que l’enquête a réellement mesuré

    Commençons par le cadre. La loi Lemoine n’a pas seulement créé des droits, elle a créé un régime de sanctions administratives directement applicables par la répression des fraudes. Autrement dit, la DGCCRF peut sanctionner sans passer par un tribunal.

    Le régulateur a mené une enquête en 2023 et 2024 auprès de 61 professionnels, banques, assureurs et courtiers confondus. Son constat global est plutôt positif, et il faut le dire honnêtement : les établissements informent correctement leurs clients de la possibilité de changer d’assurance, que ce soit dans la fiche standardisée d’information, dans l’offre de prêt ou par le courrier annuel. Les refus, eux, ont diminué depuis 2021.

    Mais onze manquements ont tout de même donné lieu à des suites. Leur répartition est le vrai enseignement de l’enquête.

    Onze manquements, un motif dominant Suites données par la DGCCRF à l’issue de son enquête 2023-2024 1 Procès-verbal pénal pour pratique commerciale trompeuse 6 Procès-verbaux administratifs dont 5 pour non-respect du délai de 10 jours 4 Injonctions : courriers annuels, fiches standardisées, information

    Regardez la bande verte. Cinq procès-verbaux administratifs sur six concernent le délai. Pas le refus abusif, pas la contestation d’équivalence : le temps de réponse. C’est le renseignement le plus utile de tout ce bilan, et on y revient plus bas.

    Le regard du risk manager

    Quand refuser devient risqué, on attend

    Un refus doit être motivé, écrit, et il est contestable. Le silence, lui, ne laisse pas de trace argumentaire. Face à un régime de sanctions qui rend le refus coûteux, la voie la moins exposée devient l’inertie. Les chiffres du régulateur le confirment.

    Les sanctions de 2025 : près de neuf cent mille euros

    Au-delà de l’enquête générale, la DGCCRF a prononcé des amendes individuelles rendues publiques à l’automne 2025. Elles portent toutes sur le même article du Code de la consommation, celui qui fixe le délai de dix jours ouvrés.

    ÉtablissementAmendeMotif retenu
    Crédit Agricole Paris Île-de-France323 518 €délai de réponse et avenant
    BRED Banque Populaire298 000 €délai de réponse et avenant
    CIC Est196 000 €délai de réponse et avenant
    Caisse d’Épargne Île-de-France80 000 €délai de réponse et avenant
    Total897 518 €

    Trois éléments méritent d’être relevés. Le grief est identique dans les quatre cas : ne pas avoir répondu sous dix jours ouvrés, ou ne pas avoir transmis l’avenant au contrat de prêt dans ce même délai, et ce pour un nombre significatif de dossiers. Les manquements portaient sur des demandes formulées entre 2022 et 2024, ce qui montre le temps que prend une procédure. Enfin, les sanctions sont assorties d’une obligation de publication sur le site de l’établissement, une peine de réputation qui pèse souvent davantage que le montant.

    Sur ce dernier point, soyons factuel : ces amendes restent modestes rapportées aux volumes du marché. Leur portée est avant tout dissuasive et symbolique. Elles établissent surtout un précédent, en démontrant que le délai de dix jours n’est pas une recommandation.

    L’enseignement le plus utile pour votre dossier

    Reprenons la statistique clé. Cinq procès-verbaux administratifs sur six visent le délai. Zéro vise un refus jugé abusif sur le fond. Que faut-il en déduire, concrètement, quand on prépare une substitution ?

    Que votre risque principal n’est pas de vous voir opposer un refus argumenté, mais de ne recevoir aucune réponse. Et par conséquent, que la pièce maîtresse de votre dossier n’est ni la qualité de votre argumentation ni l’élégance de votre courrier, mais la preuve de la date à laquelle votre demande a été reçue. C’est elle qui fait courir le délai, et c’est elle qui rend le manquement opposable.

    Datez, conservez, relancez

    L’accusé de réception d’un envoi recommandé coûte quelques euros et transforme un délai théorique en délai opposable. Notez la date de réception, comptez dix jours ouvrés, et relancez par écrit dès le onzième en citant l’article L. 313-31 du Code de la consommation. Conservez tout : copies, accusés, captures d’écran horodatées de l’espace client. Sans cette date, vous ne pouvez rien démontrer, ni au médiateur ni au régulateur. Nos trois modèles de courrier figurent dans notre article sur la lettre de résiliation.

    Second enseignement, tiré des quatre injonctions de mise en conformité. Elles portent sur le contenu des courriers annuels, sur l’information relative à la possibilité de changer d’assurance et sur le contenu des fiches standardisées d’information. Or ces documents sont précisément ceux qui vous servent à exercer vos droits. Une fiche standardisée incomplète, et vous ne connaissez pas les critères d’équivalence que votre banque exigera, sujet détaillé dans notre article sur l’équivalence des garanties. Si votre fiche vous paraît lacunaire, réclamez-la formellement par écrit.

    Le questionnaire de santé, second front des contrôles

    L’autre volet surveillé par la DGCCRF concerne l’interdiction du questionnaire médical. Le bilan relève, pour une quinzaine d’établissements, au moins un manquement portant soit sur cette interdiction, soit sur les délais de traitement.

    Rappelons la règle : aucun questionnaire ne peut être exigé lorsque la part assurée par emprunteur ne dépasse pas 200 000 euros et que le prêt est soldé avant le soixantième anniversaire. Si votre banque vous en réclame un alors que vous remplissez ces deux conditions, elle contrevient à la loi. Les conditions exactes, et les pièges de seuil qui en font perdre le bénéfice, sont détaillés dans notre article sur le questionnaire de santé. L’ensemble des mesures du texte figure dans notre décryptage de la loi Lemoine 2026.

    Comment signaler un manquement

    Les sanctions naissent de signalements. La procédure est gratuite et se déroule en trois temps, qu’il faut respecter dans l’ordre.

    D’abord le service réclamations de votre établissement, saisi par écrit, avec la date de réception de votre demande initiale et le rappel du texte applicable. Ensuite le médiateur bancaire, si la réponse ne vient pas ou ne satisfait pas, généralement après deux mois. Enfin le signalement à la DGCCRF, qui se fait en ligne via le service public dédié aux consommateurs. Ce dernier signalement ne règle pas votre cas individuel, mais il alimente les contrôles : ce sont ces remontées qui ont conduit aux enquêtes de 2023 et 2024.

    Si votre demande a fait l’objet d’un refus explicite plutôt que d’un silence, les recours diffèrent et sont détaillés dans notre article sur le refus de substitution. Et pour situer l’enjeu financier de la démarche, notre guide de l’assurance emprunteur chiffre l’écart entre un contrat groupe et une délégation.

    Questions fréquentes sur les contrôles de la DGCCRF

    La DGCCRF peut-elle sanctionner une banque directement ?

    Oui. La loi Lemoine a instauré un régime de sanctions administratives que la répression des fraudes applique sans passer par un tribunal. Elle peut dresser des procès-verbaux administratifs, prononcer des amendes et imposer la publication de la sanction sur le site de l’établissement concerné.

    Quelles banques ont été sanctionnées ?

    Quatre établissements l’ont été à l’automne 2025 pour un total de 897 518 euros : le Crédit Agricole Paris Île-de-France pour 323 518 euros, la BRED Banque Populaire pour 298 000 euros, le CIC Est pour 196 000 euros et la Caisse d’Épargne Île-de-France pour 80 000 euros. Le grief est identique dans les quatre cas.

    Quel manquement est le plus fréquemment sanctionné ?

    Le non-respect du délai de dix jours ouvrés, très largement. Sur les six procès-verbaux administratifs relevés par l’enquête, cinq visent ce seul motif, qu’il s’agisse de l’absence de réponse ou de la non-transmission de l’avenant au contrat de prêt dans ce délai.

    Que faire si ma banque dépasse le délai légal ?

    Relancez par écrit dès le onzième jour ouvré, en rappelant la date de réception figurant sur votre accusé et l’article L. 313-31 du Code de la consommation. Saisissez ensuite le service réclamations, puis le médiateur bancaire. Un signalement à la DGCCRF, gratuit et en ligne, alimente par ailleurs ses contrôles.

    Un signalement débloque-t-il ma propre situation ?

    Pas directement. La DGCCRF traite des manquements collectifs et ne règle pas les litiges individuels, rôle qui revient au médiateur. En revanche, les signalements orientent le choix des établissements contrôlés : ce sont eux qui ont conduit aux enquêtes ayant abouti aux sanctions de 2025.

    La situation s’est-elle améliorée depuis la loi Lemoine ?

    Oui, selon le bilan du régulateur lui-même. Les établissements informent globalement bien leurs clients de leur droit de changer d’assurance, et les refus ont diminué depuis 2021. Le point de blocage s’est déplacé vers les délais de traitement, ce que confirment la nature des manquements relevés et celle des sanctions prononcées.

    À retenir
    Les points clés des contrôles de la DGCCRF
    • La loi Lemoine s’accompagne de sanctions administratives applicables sans passer par un juge.
    • Quatre banques ont été sanctionnées en 2025 pour un total de 897 518 euros.
    • Cinq des six procès-verbaux administratifs visent le seul non-respect du délai de dix jours.
    • L’obstruction ne passe plus par le refus mais par l’attente : datez votre envoi et relancez.
    • Le signalement à la DGCCRF est gratuit et alimente les contrôles, sans régler votre cas individuel.

    Cet article a une vocation pédagogique et informative. Il ne constitue pas un conseil personnalisé en investissement, en assurance ou en fiscalité. Les chiffres et les règles cités sont ceux en vigueur en 2026 et peuvent évoluer.